Ludovic Boney: NSPSLL!

16 Avril - 29 Mai 2021

La galerie Pierre-François Ouellette art contemporain a le grand plaisir d'inviter le public à découvrir l'installation NSPSLL! de Ludovic Boney. Tenant compte de ses préoccupations actuelles que sont les notions de parcours, d'expériences immersives, d'installations et de dispositifs, l'artiste nous suggère un ailleurs, un autre lieu qui n'est pas nécessairement un lieu physique et réel et nous offre de faire l'expérience d'un monde onirique aux limites de l'absurde et/ou de l'improbable. NSPSLL! a été adaptée aux caractéristiques uniques de l'édifice sur Rachel faisant émerger, entre autres, un sentier circulaire et une canopée dans le puits de lumière. 

 

Dans la revue Espace no. 120, Marie Perrault écrit avec grande justesse sur NSPSLL! présentée pour la première fois à Action Art Actuel (St-Jean-sur-Richelieu) en 2018 : 

 

« L'installation propose au spectateur de traverser l'espace (…) de la galerie sur un sentier de matelas entourés d'une forêt de madriers enchevêtrés, supportant une panoplie de babioles provenant de magasins à rabais. Décorations scintillantes et banderoles, fruits décoratifs, camions-jouets, jeux de plage et pataugeoire pour enfant, appelants, flottes de pêche et bottes de caoutchouc, tout une gamme d'accessoires maintenus par un attirail de matériaux explicitement exprimés allant des attaches équerre au ruban gommé, de la ficelle aux tubes flexibles de caoutchouc. Un complexe système à air comprimé, alimenté par cinq compresseurs industriels exposés en vitrine, active tout ce bazar. Chacun de nos pas actionne une soupape déclenchant des mécanismes en série, en provoquant un joyeux tintamarre composé de souffleries, de sifflements, de flutes variées, de bouillonnements et de clapotis, ainsi que de bruits d'impact et de coups de butoir.

 

Ludovic Boney semble de prime abord imaginer cette chorégraphie cinétique de pacotille pour notre seul amusement. Ces babioles choisies pour leur caractère visuel accrocheur témoignent d'utopies fantasmatiques soumises à une entreprise commerciale et publicitaire. L'installation comporte d'ailleurs différentes allusions à cette esthétique de l'excès et du clinquant, véhiculée par un marché qui nous vend et vante l'émancipation par le plaisir et le divertissement. Ces figures de superficialité, accessoires d'activités de loisirs, portent à croire que le bonheur réside dans l'accumulation de choses en dehors de toute responsabilité morale. Elles s'épuisent toutefois facilement et demeurent vouées à une obsolescence rapide, tant au regard du sens que de leur vie utile. Le travail colossal requis de l'artiste et son équipe pour la réalisation de l'installation NSPSLL! s'affiche toutefois comme un geste de résistance à ce consumérisme, une critique éloquente de ce tape-à-l'œil nourri d'un souci de spectaculaire exacerbé. 

 

(…) la forêt de l'installation NSPSLL! réfère également à une expérience singulière de l'environnement naturel. Plusieurs objets qu'elle intègre renvoient d'ailleurs directement à des activités de plein-air, baignade, chasse et pêche ou piquenique, à des figures animales, canard de plastique, oie de papier et faux poissons, ou à différentes formes de végétaux allant du bouquet de fleurs coupées à la guirlande décorative. Cet hédonisme au grand air s'avère aussi contribuer à la transformation des espaces naturels en lieux dédiés de consommation. Tout comme les précédentes, cette œuvre récente de Ludovic Boney nous confronte ainsi à des expériences antinomiques de la nature, celle d'un territoire appréhendé simplement par le corps, opposée à celle de son imitation artificielle et sa spectacularisation colportées par un consumérisme effréné. L'impressionnante quantité de produits et de marchandises inutiles qui s'interposent aujourd'hui entre nous et une expérience plus simple du lieu, soulève de manière assez appuyée la question de la survie de notre planète. Devant cette œuvre, notre amusement s'avère plus anxieux qu'il n'y parait à première vue.» (Espace no. 120, Automne 2018, p. 88-89).

 

 

Ludovic Boney dévoile aussi dans la deuxième salle de la galerie six œuvres inédites de plus petit format inspirées par les éléments de divers projets.

 

Né en 1981 à Wendake, Ludovic Boney grandit et fait sa scolarité dans la capitale provinciale. Au sortir de l'école de sculpture en 2002, il participe à la fondation du Bloc 5 (atelier de production artistique) avec quatre autres artistes. Depuis 2015, il est installé à Saint-Romuald où il continue d'œuvrer dans des projets d'art public de grande envergure et présente son travail régulièrement en galeries ou dans des centres d'artistes. Nommé dans la liste préliminaire du Prix Sobey en 2017, il est aussi récipiendaire de plusieurs bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la bourse Reveal offerte par la fondation Hnatyshyn.