Cette exposition met en conversation les œuvres de la série Bird's-Eye View (À vol d'oiseau) de Keyvan Mahjoor et de Les rues portent leurs pas de Leila Zelli, en explorant les rapports entre passé et présent, mémoire et actualité, autour de la représentation des femmes et de leurs histoires.
Les œuvres de Keyvan Mahjoor à l'encre noire sur papier combinent des éléments symboliques qui, dans leur composition, nous rappellent des miniatures persanes. La présence des femmes et des oiseaux, entre autres, ouvre un univers lyrique qui raconte, crée une histoire où le texte, souvent illisible, est un élément visuel qui participe à la composition et à la forme narrative de ces espaces, où la forme traditionnelle de l'art de la miniature persane et une esthétique contemporaine et épurée se rencontrent.
Les vides et les pleins dans ses œuvres font également écho au visible et à l'invisible, ouvrant une lecture spirituelle. Mahjoor dessine chaque jour, dans une pratique qui relève pour lui de la méditation et fait émerger des fragments de souvenirs personnels de sa ville natale, Ispahan. Nourri par la miniature et la littérature persanes, son travail développe une narration intime dans laquelle chacun peut néanmoins se projeter. Depuis son départ d'Iran en 1981, il réalise un dessin par jour dans un carnet. Il en compte aujourd'hui 45, chacun rassemblant 365 dessins, accompagnés d'une note sur ce qui s'est passé ce jour-là et sur ce qu'il ressentait.
Quant à Leila Zelli, travaillant également avec les figures de femmes et d'oiseaux, sa série de dessins, de vidéos et de sculptures intitulée Les rues portent leurs pas juxtapose le présent et le passé en mettant en lumière la bataille intemporelle des femmes pour la liberté.
Zelli établit un parallèle entre les Amazones des bas-reliefs antiques, interprétées par les historien·ne·s comme « Perses » face aux Grecs, et leur désignation comme les Autres, les ennemies, les barbares, les faibles, avec les Iraniennes d'aujourd'hui, dont la lutte pour la liberté s'exprime à travers le mouvement de leur corps dans l'espace public, en dansant et en réalisant des gestes sportifs. Leurs armes sont leurs téléphones, qui captent et diffusent ces actions sur les réseaux sociaux, créant de nouvelles représentations et de nouvelles significations du courage et de la force au quotidien. Dans un élan également méditatif sur la liberté, le courage et l'action, Zelli s'implique activement dans des initiatives collectives au sein de la communauté iranienne en quête de liberté.

Keyvan Mahjoor est né et a grandi dans la ville historique d'Ispahan, en Iran, où, dès son plus jeune âge, il a été immergé dans le contexte historique de l'art ancien ainsi que dans le tissu culturel complexe et stratifié de la ville. Les maîtres de l'art de la miniature persane l'ont formé comme miniaturiste. Bien que d'apparence moderne, des références stylistiques à la peinture miniature demeurent manifestes dans la composition et les éléments de design de ses dessins les plus récents.
Les esquisses de Keyvan Mahjoor sont narratives et lyriques; elles entremêlent des figures humaines, des personnages mythiques et des formes symboliques, et sont intégrées à des motifs d'arabesques traditionnelles et à de la calligraphie. L'utilisation du texte à des fins illustratives constitue un thème récurrent et omniprésent dans les dessins de Mahjoor. Historiquement, les inscriptions calligraphiques utilisées dans les peintures et les illustrations persanes remplissaient à la fois des fonctions esthétiques et informatives. Alors que les écritures et les textes présents dans les dessins de Keyvan Mahjoor sont incompréhensibles, c'est peut-être davantage la manière dont le texte a été intégré à l'espace pictural, ainsi que les cavités qu'occupent les mots dans la structure des dessins, qui revêt une importance particulière.
Après avoir obtenu son diplôme en littérature persane à l'Université Pahlavi de Chiraz, Mahjoor a travaillé pendant cinq ans au Centre culturel de Niavaran, à Téhéran, puis a fondé Ketab-e-Azad, une librairie et maison d'édition, en 1979. Il s'est installé à Montréal, au Canada, en 1981, où il réside depuis et où il continue d'être une voix active en faveur de causes culturelles et humanitaires au sein de la communauté iranienne en exil. Ayant commencé à exposer son travail seulement au cours des dernières années, les œuvres de Mahjoor ont été accueillies avec enthousiasme dans différents lieux à Montréal et à Toronto.
Keyvan est une figure importante de la communauté iranienne, notamment par sa bienveillance, son hospitalité, sa grande connaissance des enjeux historiques et contemporains et sa position humaniste et culturelle au sein de la communauté iranienne en exil.

Née à Téhéran (Iran), Leila Zelli vit et travaille à Montréal. Détentrice d'une maitrise (2020) et d'un baccalauréat (2016) en arts visuels et médiatiques de l'UQAM, elle s'intéresse aux rapports que l'on entretient avec les idées « d'autres » et « d'ailleurs » et plus spécifiquement au sein de cet espace géopolitique souvent désigné par le terme discutable de « Moyen-Orient ». Elle crée des installations numériques « in situ » réalisées au moyen d'images, de vidéos et de textes souvent glanés sur internet et les réseaux sociaux. En résultent des expériences visuelles et sonores qui suscitent une réflexion sur l'état du monde, sur le rapport à l'Autre et sur la portée effective de nos gestes sur l'humanité.
Son travail a, entre autres, été présenté au Musée des beaux-arts de Montréal (Collection Arts du Tout-Monde), au Conseil des arts de Montréal (2019-2020), à la Galerie de l'Université du Québec à Montréal (2020,2019, 2015), à Dazibao (2023), à la Galerie Foreman de l'Université Bishop (2024) et à la Biennale de Toronto (2024). En novembre 2025, sa plus récente œuvre vidéo, intitulée Chaque rue raconte l'histoire d'une femme qui n'a pas eu peur, a été présentée en première lors de la foire Loop Barcelona.
Ses réalisations font désormais partie de la collection du Musée d'art contemporain de Montréal, de la collection du Musée des beaux-arts de Montréal, de la collection du Musée d'art de Joliette, de la collection du Musée Pointe-à-Callière, de la collection Prêt d'œuvres d'art du Musée national des beaux-arts du Québec, de la collection du Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul, de la collection Desjardins, de la collection Hydro-Québec et de la collection de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Elle est lauréate 2023 du prix Lynne-Cohen et la lauréate 2021 de la Bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain.
Elle tient à remercier Danielle Lysaught et Paul Hamelin pour la résidence d'un an qui a marqué le début de ce projet à Montréal, la résidence d'un mois à La Napoule, Jean-Philippe Thibault, son allié de tous les jours, ainsi que ses amis Jean-François Gauthier et Maxime Bruneau pour leur soutien technique impeccable. Son projet a bénéficié du soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts du Canada, qu'elle remercie chaleureusement.
