LOOP Barcelona Video Art Fair 2026: Meryl McMaster
Pierre-François Ouellette art contemporain est heureuse d’avoir été invitée à présenter nipēhtēnān kiteh | We Can Hear Your Heartbeat de Meryl McMaster. Il s’agira de la 8e participation de la galerie à Loop, la première remontant à vingt ans. La galerie est fière de célébrer son 25e anniversaire cet automne.
Depuis sa création en 2003, Loop Fair se distingue comme la première foire exclusivement consacrée à la découverte, à la promotion et à l’acquisition de films d’artistes contemporains.
Chaque année, Loop Fair prend le pouls des nouvelles formes d’expression de l’image en mouvement grâce à une sélection rigoureuse d’œuvres présentées par des galeries locales et internationales, invitées par un comité international de spécialistes.
Loop Fair cherche à repenser les modèles traditionnels des foires d’art et leurs modes de présentation, en tenant compte à la fois de l’évolution des façons de regarder les œuvres et d’interagir avec elles, ainsi que des caractéristiques propres aux pratiques de l’image en mouvement. La foire propose une expérience de visionnement unique en présentant chaque projet artistique dans une chambre d’hôtel, créant ainsi un environnement centré sur le travail des artistes et favorisant l’attention particulière que requiert ce médium.

nipēhtēnān kiteh | Nous pouvons entendre battre votre cœur, 10 minutes 31 secondes, 4K, 2023
Une chanson, une histoire, une pièce de monnaie, un laissez-passer.
Ces petits souvenirs familiaux servent de porte d’entrée à cette œuvre vidéo, qui explore la mémoire, le mouvement et la résilience autochtone à travers la vie de mes trois grands-mères paternelles. S’étendant sur 130 ans au sein de la Nation crie de Red Pheasant, en Saskatchewan, au Canada, leurs expériences collectives témoignent de la réalité de femmes courageuses et fières, qui s’efforçaient de vivre en accord avec elles-mêmes alors que le monde moderne, déstabilisant, entrait en collision avec un monde ancestral. kā-āyimahk, disaient-elles souvent en langue crie. C’était difficile.
Le point de départ de ce projet se trouve dans les pages de deux journaux intimes de mon arrière-grand-mère Bella qui ont été conservés. Dans son journal de 1947, elle consignait avec simplicité les détails de la vie quotidienne sous le système d’assimilation forcée du gouvernement canadien : les enfants fréquentant des externats administrés par l’État, les familles déterrant des racines de sénéca pour les vendre à l’industrie pharmaceutique, et les moments qui rompaient avec la routine, comme les visites à des amis, les funérailles ou la Danse du Soleil, une cérémonie sacrée alors interdite par le gouvernement. Lire entre les lignes permettait de révéler ce qui en était absent, notamment les détails intimes et les savoirs transmis de génération en génération, restreints ou effacés par des lois coloniales telles que la Loi sur les Indiens, qui contrôlait étroitement les déplacements et les droits des peuples autochtones.

Cette œuvre vidéo s’inscrit dans ces lacunes historiques et s’appuie sur des souvenirs familiaux pour recomposer, à partir des espaces laissés par l’effacement imposé par l’État, un récit fragile et imparfait. Le paradoxe du chemin de fer constitue l’un des principaux motifs visuels et thématiques de l’œuvre. Pendant un siècle, le train a incarné une puissante dualité : s’il offrait à mes grands-mères de nouvelles possibilités d’amour, d’aventure et de rencontres, il agissait simultanément comme le moteur concret du contrôle étatique, menaçant l’autonomie de leurs communautés et facilitant la colonisation européenne des terres autochtones.
Je retrace leurs parcours le long de chemins oubliés, filmant les paysages où la nature a lentement repris possession de ces anciennes routes et voies ferrées. En naviguant entre l’histoire coloniale et les souvenirs familiaux intimes, l’œuvre façonne des impressions mentales de ce que ces femmes étaient véritablement et montre que, même face à un effacement systémique, une présence peut être puissamment reconquise par l’acte de raconter.

Meryl McMaster est une artiste canadienne d’ascendance nêhiyaw (Crie des Plaines), métisse, britannique et néerlandaise. Sa pratique fondée sur l’image photographique intègre la fabrication artisanale d’éléments et la performance, créant une synergie qui transporte le regardeur hors du quotidien vers un espace de contemplation et d’introspection. Elle explore le soi dans sa relation au territoire, à la filiation, à l’histoire, à la culture et au monde plus-qu’humain.
McMaster est lauréate du Prix de photographie Nouvelle Génération de la Banque Scotia, du REVEAL Indigenous Art Award, du Charles Pachter Prize for Emerging Artists, du Canon Canada Prize, de la Eiteljorg Contemporary Art Fellowship et de la médaille de l’OCAD U. Elle a également été finaliste du New Discovery Award des Rencontres d’Arles en 2019 et du Prix de la Photo Madame Figaro Arles en 2019, et a figuré sur la liste préliminaire du Prix Sobey pour les arts en 2016.
Ses œuvres font partie d’importantes collections publiques au Canada et aux États-Unis, notamment celles du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée des beaux-arts de l’Ontario, du Musée des beaux-arts de Montréal, du Museum of Fine Arts de Boston, du Bowdoin College Museum of Art, du Herbert F. Johnson Museum of Art de l’Université Cornell, du Montclair Art Museum, du Nelson-Atkins Museum of Art, du Heard Museum, du Eiteljorg Museum et du National Museum of the American Indian.
Le travail de McMaster a fait l’objet de nombreuses expositions individuelles, notamment au Montclair Art Museum, à la Collection McMichael d’art canadien, à Mérignac Photo, à la Maison du Canada à Londres, à l’Ikon Gallery, au Ryerson Image Centre, au Glenbow, à The Rooms, à la Biennale MOMENTA, au Museum of Contemporary Native Arts et au Smithsonian National Museum of the American Indian. De 2016 à 2020, son exposition individuelle Confluence a circulé dans neuf villes canadiennes, notamment au Richmond Art Gallery, au Thunder Bay Art Gallery, à la University of Lethbridge Art Gallery et à la Judith & Norman Alix Art Gallery.
Ses œuvres ont également été présentées dans des expositions collectives au Denver Art Museum, au Nasher Museum of Art, au Amon Carter Museum of American Art, au Museum der Moderne Salzburg, au Sprengel Museum, à l’Australian Centre for Photography, au Musée des beaux-arts du Canada, aux Rencontres d’Arles, au Musée national des beaux-arts du Québec, au Heard Museum et à l’Anchorage Museum, entre autres.
La galerie remercie la SODEC (Société de développement des entreprises culturelles du Québec) pour son appui financier.
