Œuvres sur papier

16 décembre - 13 janvier 2007
Œuvres sur papier: Alexandre Castonguay, Michel de Broin, Jérôme Fortin, Karilee Fuglem, Dil Hildebrand, Mike Patten, Ed Pien, Michael A. Robinson et autres
Alexandre Castonguay
« Y a-t-il lieu de croire que vos travailleurs sont vraiment plus heureux grâce à vos travaux sur la fatigue? Ont-ils l’air plus heureux, se disent-ils plus heureux? (Dans l’affirmative) votre étude sur l’élimination de la fatigue aura été valable dans le sens le plus élevé du terme... »1
Études sur le mouvement
Les Études sur le mouvement consistent en des gravures à pointe sèche qui adoptent l’idiome du geste automatique. Le réseau de lignes fines existe en relation indiciaire avec les mouvements des mains de l’artiste. Un procédé technique permet d’extraire et de réintroduire les gestes de l’artiste occupé à des tâches diverses.
Pour créer les images, une diode électroluminescente est fixée aux index gauche et droit, et un programme analyse les images captées par une caméra vidéo placée au-dessus de l’espace de travail afin de suivre les positions des mains se déplaçant la souris et tapant au clavier. L’artiste peut être en train d’accomplir diverses tâches comme de travailler à la création du programme de PureData pour la captation du mouvement (comme dans le cas présent), d’éditer une image dans Photoshop, de naviguer sur le Web, de lire son courriel ou d’être en conversation IRC. Les coordonnées sont sauvegardées sous forme de listes de points qui sont ensuite transmises à un traceur récupéré. Un stylet à pointe sèche (ayant appartenu à Albert Dumouchel) est inséré dans le porte-plume du traceur. Le traceur reproduit les sillons du cheminement des mains sur la réserve de la plaque de cuivre. La gravure a été réalisée par Carlos Calado des ateliers Graff.
Ces études sur le mouvement rappellent étrangement les études sur le travail effectuées par Frank et Lillian Gilbreth. Au tournant du siècle dernier, le couple s’est servi de la photographie en accéléré pour analyser les mouvements d’ouvriers et proposer d’autres façons d’exécuter leurs tâches et de réduire les gestes superflus. L’industrie a profité de ces études pour accroître l’efficacité des travailleurs. L'oeuvre fait allusion au mode de travail des artistes et des créateurs de logiciels.
À propos de l’artiste
Mon travail repose à la fois sur la technologie devenue désuète et sur le logiciel libre. Ce choix ouvre une perspective tant sur les moyens utilisés par les artistes que sur le discours (des milieux artistiques et commerciaux) au sujet des arts médiatiques et de la commercialisation des outils qui concourent normalement à leur réalisation. Ce point de vue critique est alimenté par mon rôle à titre de membre fondateur et actif du laboratoire médiatique Artengine qui s’est donné pour mission d’étudier le potentiel artistique des nouvelles technologies tout en se préoccupant des inégalités d’accès aux outils médiatiques. Mes travaux récents se situent dans cet espace précaire entre l’utilisation des arts médiatiques et la critique à leur égard. Les œuvres que j’estime réussies affichent une boucle logique fermée tout en invitant le spectateur à pénétrer dans un système ayant une apparence de liberté.
1. Frank et Lillian Gilbreth, Fatigue Study, Easton: Hive Publishing Company, 1973 ; réimpression de l’édition de 1916, p. 149. Citation trouvée dans http://www.arts.arizona.edu/buildingbetterhumans/hm_2.html
Michel de Broin
Les dessins, «Anthropométrie» (2004) sont proposés pour mieux nous comprendre. Il s'agit en effet de grilles de lecture dans lesquelles des trous ont été percés dans le quadrillage. Si le plan cartésien fût inventé pour mesurer le monde, les trous aux contours mal définis permettent de s'y glisser en échappant au calcul.
Depuis 1993, Michel de Broin fait reposer la signification sur des modèles d'expérience que nous sommes susceptibles de reconnaître. Mais ses emprunts à l'histoire de l'art et ses allusions aux codes sociaux ne constituent pas la finalité de l'œuvre, il produisent plutôt un contexte propre à susciter des retournements. Ce travail de métamorphose fera mine d'accepter les identités construites, pour ensuite les retourner comme un gant dans un processus métaphorique potentiellement ouvert. Dans des formes et des moyens d'expressions multiples, l'ironie utilisée comme méthodologie l'amène ainsi à examiner les conditions stratégiques de possibilités propre à un contexte donné, pour ensuite poser un inconditionné, et enfin, inventer une issue sans précédent.
À 36 ans, Michel de Broin a déjà une production imposante. Il a souvent présenté ses œuvres en solo ou en groupe dans de nombreux lieux d'art actuel au Canada, en Europe et aux États-Unis. Son travail a été abondamment commenté dans diverses revues d'art telles que Parachute, Technikart, Artpress et Espace. Il a reçu plusieurs bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec, du Conseil des Arts du Canada et, en 1999, de la Krasner-Pollock Foundation de New York. Lauréat des prix Pierre-Ayot 2002 et Québec-Capitale 1998 de la Fondation Découverte, il vit et travaille actuellement à Berlin. Pour plus de renseignements sur le travail de Michel de Broin consulter: http://www.micheldebroin.org
Le Musée national des beaux-arts du Québec présente en ce moment et ce jusqu'en avril 2007 une exposition solo de Michel de Broin intitulée Machinations .
Jérôme Fortin
La série des écrans, élaborées au début de l’année 2005, est le nouveau corpus d’œuvres de Jérôme Fortin. Des centaines de bandelettes étroites sont découpées dans des papiers imprimés (romans, répertoires de téléphones, bandes dessinées) puis pliées, repliées et alignées au mur sur des longues bandes de rubans adhésifs. La superposition de celles-ci dans l’espace de l’exposition créent un écran grandeur cinéma qui saisit les visiteurs.
Le livre se transforme en un seul plan, façonne de nouvelles images, de nouvelles réalités strictement visuelles. Les mots, les lettres et les dessins deviennent lignes, points, pixels, diagonales, taches noires, taches blanches, étoiles, ombres, lumières. Leurs enchaînements concrets forment l’écran et rallient métaphoriquement nature et culture avec une force immense comme seule une oeuvre d’art parvient à le faire. La Série des écrans transcende la co-existence réelle et quotidienne des éléments naturels et culturels de nos vies (comme un arbre planté aux côtés d’un édifice ou une voiture roulant dans un champ) pour créer une synthèse unique des références aux nouvelles technologies et aux paysages naturels.
Pour le visiteur, la Série des écrans forme une mer calme ou houleuse, les strates d’un sol argileux ou rocailleux, les traces mécaniques d’un sismographe, la transcription de codes informatiques d’un logiciel, les fréquences électroniques d’un cardiographe, la pellicule d’un film expérimental, le plan d’un scratch vidéo, la transcription ou les scolies d’un manuscrit ancien, une étude philologique, une œuvre scolastique, une partition musicale (du latin «particion» division, partage en lignes droites).
À l’heure de la génération écran (télévision, cinéma, ordinateur, gameboy, téléphones portables, caméscope, appareil photo numérique), la Série des écrans en papier rappelle non seulement notre rapport à la technologie et à l’écriture mais aussi les métiers traditionnels où le temps investit au travail est visible dans son résultat. Contrairement au vidéaste, au chercheur scientifique, au programmeur informatique, où le travail investit s’efface au fil du processus pour laisser place aux nouvelles données, le travail de Jérôme Fortin se rapproche du métier de tisserand, de laboureur, du planteur de riz, du scribe, où le temps investit à l’œuvre est visible et quantifiable. Directement au mur, quelques jours avant l’ouverture de l’exposition, sous le regard des commissaires, directeurs, artistes et curieux, l’artiste exécute les mêmes gestes à répétition, en gardant le secret de l’œuvre qui se révèle qu’à la toute fin. Une fois terminée, la technique se dissimule derrière l’expérience phénoménologique généré par l’écran mais le visiteur peu encore déceler la charge de travail, comme devant la récolte d’un agriculteur ou le manuscrit d’un auteur avec ses ratures.
La série des Tondos a été développée suite à une résidence d'artiste intensive aux Ateliers Graff au printemps 2003. Inspirées du corpus d'œuvres des Marines, ces estampes ont été réalisées à partir de bandes de papiers divers à l'aide de la technique de la collagraphie.
"Par des gestes répétés et des plis sur plis, des motifs surgissent rappelant tantôt des rosaces tantôt une mer agitée. La galerie présentera l'ensemble entier des œuvres de cette série, chacune ayant été produite en édition de 10. Nous sommes heureux d'annoncer que les deux premières gravures de la série, Tondo I et Tondo II, viennent d'être acquis par la Bibliothèque nationale du Québec pour leur collection d'estampes. De toute évidence, l’art est pour Jérôme Fortin une activité qu’il pratique sans modération, avec une habileté qui confine à la prestidigitation.
Dans son jeu sans fin avec les matériaux, l’arrivée des estampes s’avère inattendue; en plus, elles renouvellent le genre. Dès l’abord, elles intriguent : on s’interroge sur la technique utilisée. Ce sont de simples feuilles de papier imprimé, tirées en général d’un seul livre, découpées de bout en bout et collées sur un carton rond.
Tout en affichant une relative uniformité visuelle, elles ont chacune leur personnalité. Il y a là une recherche étonnante dans la déclinaison des motifs, ce que les musiciens appellent des variations sur un thème. Sans jamais se lasser ou être lassant, Jérôme a exploré toute une gamme de textures, d’agencements qui évoquent des dessins aztèques ou incas, des écritures très anciennes, des végétaux ou des tissus; la liste des associations pourrait être longue car les allusions sont fines.
Devant nos yeux, un bouquet de nuances grises, blanches et noires. Estompée ou nette, la bande explore les infinies variétés de ces tons et invites le regard à la suivre dans ses méandres. Et pourtant, les objets qui ont servi de plaques, les matrices, sont aussi fascinantes que les estampes. Leur léger relief, leur couleur les distinguent et en font des oeuvres à part entière. À vrai dire, l’habileté joue un rôle important dans la production d’une oeuvre, mais il y a aussi le travail" - Pascale Beaudet
Avec ses sculptures-installations, Jérôme Fortin combine la pratique des cabinets de curiosités, musées privés du XVIe siècle, à la pratique de consommation de masse des XXe et XXIe siècles. Bouchons de liège, bouteilles de plastique, livres, allumettes, clous et boîtes de conserve sont astucieusement manipulés et assemblés en plusieurs séries de curiosités visuelles et plastiques, dont les formes, couleurs, textures et volumes évoquent les fleurs, coquillages, bijoux et amulettes, anciennement rassemblés par les curieux pour leur caractère exotique. L'apparence poétique et énigmatique des sculptures de Jérôme Fortin détourne l'aspect usuel des objets du quotidien pour exulter notre regard contemporain.
Né à Joliette en 1971, Jérôme Fortin vit et travaille à Montréal. Depuis 1996, il a présenté une dizaine d'exposition individuelles principalement au Québec et au Canada. Il a participé à de nombreuses expositions collectives au Québec et au Canada, mais aussi à l'étranger : New York, Bruxelles, Bologne, Dieppe, Berlin. Il a effectué également plusieurs résidences d'artiste, notamment au World Financial Center Arts and Events (New York) et à la Fondation Christoph-Merian (Bâle_. Le Musée d'art de Joliette a présenté Ici et là en 2002, sa première exposition muséale individuelle qui a aussi été présentée au MacLaren Art Center (Barrie) et à la Dalhousie Art Gallery (Halifax). Il a reçu en 2004 le Prix Pierre-Ayot. Ses oeuvres sont dans les collections du Musée d'art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée de Joliette, de la Bibliothèque nationale du Québec, de la Ville de Montréal ainsi que dans plusieurs collections corporatives et particulières. Pour plus de renseignements sur le travail de Jérôme Fortin consulter: http://www.jeromefortin.com
Karilee Fuglem
La fenêtre de mon atelier donne sur un recoin où toute une faune de petits débris tourbillonne au gré du vent : sacs vides, journaux, feuilles et mégots dansent, heurtent la vitre, et j'en sursaute. Ces vies périphériques ont leur manière de se rappeler à nous. Dans cet atelier je me suis préoccupée de ce que j'appelle des dessins invisibles, même s'ils ne sont pas vraiment invisibles, ni tout à fait des dessins, c'est un effort de percevoir, donc de faire. Une chose tout juste perceptible peut aviver la conscience de ce qui est et des signes que l'on en capte, comme un écho senti du visuel. Il survient entre le Qu'est-ce ? et Je crois avoir vu ! un éclair de compréhension qu'aucun mot ne satisfait. Au loin, des édifices tout à l'heure embrasés par le soleil couchant se mêlent maintenant dans l'obscurité à l'image de mes affaires éparpillées, toute la pièce bientôt projetée dehors. Pourquoi s'obstiner à ne garder qu'un point de vue ? Les reflets ont intégré mes réflexions, le regard se jouant de lui-même, au gré de la lumière.
Karilee Fuglem s'intéresse au processus de rendre visible ce qui a priori ne l'est pas. À l'aide de différents matériaux translucides, fragiles, souples et légers, elle rend tactile l'air que nous respirons ou encore l'espace que nous occupons. La magie des installations, des dessins et des photographies de Karilee Fuglem participe de l'esthétique du presque rien, où des matériaux négligeables comme du chewing-gum, de la poussière, des sacs plastique et du fil de nylon sont investis d'un potentiel de sens insoupçonné.
Karilee Fuglem a complété une maîtrise en arts visuels à l’Université Concordia. Elle a exposé un peu partout au Canada et en Espagne, et ce, tant en groupe qu’en solo. Cette artiste a reçu de nombreuses bourses du Conseil des arts et des lettres du Québec ainsi que du Conseil des Arts du Canada. Ses œuvres se retrouvent dans de nombreuses collections, dont celle du Musée d’Art contemporain de Montréal.
Dil Hildebrand
La production artistique de Dil Hildebrand se nourrit des décors de théâtre, de film et de télévision qu’il crée depuis dix ans. Cette connaissance intime des environnements scéniques et dramatiques lui permet d’adopter une approche médiatique pour représenter la nature, où les étendues sauvages deviennent autant de scènes artificielles conçues pour recevoir une interaction narrative. À l’instar des illusions optiques et des procédés de simulation requis pour créer les univers factices du spectacle, Dil Hildebrand s’en remet à la qualité de ses matériaux et à la multiplicité de ses perspectives pour construire une abstraction de la nature qui soit filtrée et orientée/guidée par les conventions des arts et médias de divertissement. Dil Hildebrand est né à Winnipeg. En 1998, il obtient son baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia, où il poursuit actuellement des études de maîtrise à la Faculté des beaux-arts. L’artiste vit et travaille à Montréal.
Mike Patten
Originaire de Regina, Mike Patten vit et travaille présentement à Montréal. Il détient un baccalauréat en Beaux-arts avec une majeur en peinture et dessin et une mineur en histoire de l'art de l'Université de Regina. Patten a présenté son travail au Canada dans des expositions solo et de groupe, notamment dans un centre d’artistes, une galerie commerciale et des galeries universitaires dont Neutral Ground (2005), Pierre-François Ouellette art contemporain (2006) et la galerie de l’Université Bishops (2006). Patten est intéressé par les thèmes de l'identité, de la mémoire et des relations interpersonnelles qu’il explore par la peinture, le dessin, les médias électroniques et la vidéo numérique.
Ed Pien
Ed Pien s'inspire de mythes asiatiques et de contes occidentaux pour créer des dessins d'univers fantastiques et par moments inquiétants, rappelant certaines oeuvres de Jérôme Bosch et de Francisco Goya. Le traitement du dessin est très expressif et le processus de création découle d'une grande spontanéité. Privilégiant l'encre et le papier translucide, l'artiste réalise aussi des installations sensuelles où le spectateur est invité à traverser des corridors de papier et à côtoyer de près de petits monstres tremblants, mi-humains, mi-animaux. Né à Taiwan, vivant au Canada depuis qu'il a onze ans, Ed Pien vit et travaille à Toronto. Connu pour ses dessins et ses installations, il a exposé au Canada et en Europe.
Puissamment évocateurs, les dessins de figures grotesques et hybrides d’Ed Pien défient toute catégorisation. Ses créatures monstrueuses font allusion à nos peurs et à nos désirs et représentent diverses formes de perturbation et de transgression sociales. Les Montréalais se souviendront de son installation majeure Earthly Delights : the Garden and the Fountain of Youth présentée à la Biennale de Montréal 2002 et dans la collection permanente du Musée des beaux-arts de Montréal.
Michael A. Robinson
Dans l’exposition Faits divers (PFOAC 2004), trois dessins réalisés par ordinateur reprenaient un arrangement centrifuge comme dans la sculpture Various Studio Essentials. Représentant un arrêt sur image d’un objet tridimensionnel virtuel, Blow (2004) et un premier Sans titre (2004) montrent, aussi clairement que l’éclatement d’outils de Various Studio Essentials, une explosion très vive à partir de deux centres rapprochés, comme si y étaient attachés des milliers de baguettes dessinées en perspective.