Marc Audette

Marc Audette s'intéresse aux formes que prend l'image numérique et aux effets qu'elle produit sur la culture de l'esprit. À l'instar du langage, l'image est considérée par l'artiste comme un véhicule qui n'est pas neutre. Cela explique les croisements constants entre l'image analogue et l'image numérique, entre l'image fixe et l'image en mouvement qui sont des traits significatifs dans la production des œuvres de Marc Audette. Mais au-delà des enjeux de l'heure entourant les canons esthétiques qui animent la production de l'artiste, des préoccupations de l'ordre de l'affect surgissent. À l'aide de mise en scène et de jeux élaborés, l'artiste présente un corpus d'œuvres empreint d'un imaginaire bien à lui dont la trame narrative tisse des motifs offrant au spectateur la possibilité de se laisser prendre autrement que par l'intellect.
Marc Audette est titulaire d'une maîtrise en arts visuels de l'Université York (Toronto) où il enseigne présentement. Depuis le milieu des années quatre-vingt, il a présenté son travail dans le cadre d'expositions collectives et individuelles, notamment en France, à Toronto, Montréal, Hull et Ottawa. On retrouve aussi ses œuvres dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec et de la ville d'Ottawa.
27 août - 15 octobre 2005
Intervalles: Marc Audette + Barbara Steinman
Pierre-François Ouellette art contemporain est heureux de présenter deux expositions de Marc Audette et de Barbara Steinman.
Marc Audette présente Cran (2005), une image dédoublée, totalement abstraite, qui ne peut être comprise par le spectateur que si ce dernier bloque l'image qu'envoie l'un des projecteurs. « Cette action – de la dépendance d'une image fixe envers l'intervention humaine- rappelle le daguerréotype, qui doit être tenu en main basculé de l'avant vers l'arrière pour que l'image révèle son éclat. » Le titre de l’œuvre fait écho à la pièce mécanique du système d’engrenage des caméras 35 mm. Ce dispositif se compose de coches situées entre les roues d’engrenages, bloquant temporairement leur fonctionnement. Dans l’œuvre Cran, un écran est placé au centre de deux projecteurs vidéos, obstruant ainsi leurs faisceaux lumineux.
En entrant dans la salle d’exposition, d’un côté le premier appareil projette une image positive sur l’écran, de l’autre côté de la salle un deuxième appareil projette la même image négative sur le même écran. La rencontre de ces deux images sur la surface de l’écran produit leur désintégration pour donner une forme plus ou moins blanche. L’image de la méduse n’apparaît que lorsque le spectateur se glisse entre la projection et l’écran, et qu’un jeu d’ombres projetées s’installe.
L’image à été prise en Turquie, plus précisément à Istanboul à l’intérieur d’une citerne souterraine dans le quartier Sultanahmet dans le cœur historique de la ville. Plusieurs raisons motivent le choix de ce site particulier. La première, très personnelle, remonte au début de ma pratique était nourrie par les pensées de Philippe Dubois sur L’acte photographique. Celui-ci réfléchit, entre autres, sur la relation qu’entretient le spectateur avec l’œuvre en utilisant la propriété de la surface de l’eau comme surface de réflexion et de projection de la pensée. Il nous entretient de notions photographiques par le biais du mythe de la méduse. Ce lieu où eau et méduse sont unis en un seul endroit me donnait une occasion parfaite pour revisiter des notions photographiques qui ont animé les premières années de réflexion de mon travail.
Voilà pour les rapprochements entre l’œuvre et ma propre histoire. Ce n’est qu’une raison parmi d’autres de la création de Cran. Car l’histoire de cette tête géante en pierre donne une dimension toute particulière à l’œuvre. En effet, la méduse, utilisée comme matériel de construction recyclé, ornait jadis la devanture d’une grande maison turque. Selon les croyances de l’époque, elle devait conjurer le mauvais sort. Mais quelque part entre les XIV et XVI siècles, en pleine guerre de religion entre le christianisme et l’islam, l’un des deux belligérants retira la sculpture de la devanture de la maison pour la transporter dans la citerne sous la ville, affirmant ainsi sa suprématie.
Cette mise en contexte m’amène à mentionner une autre raison motivant le choix de ce site pour la capture des images de l’œuvre Cran : Istanboul, ville partagée entre deux continents, l’Europe et l’Asie, entre deux grandes cultures, l’Occident et l’Orient, entre deux grands mouvements religieux, le christianisme et l’Islam. La méduse de la citerne est l’exemple parfait des conséquences de la confrontation entre deux façons de « croire » le monde. Et, bien que l’événement remonte à plus de 500 ans, l’histoire récente nous montre bien que les forces qui opposent ces deux grandes cultures sont plus que jamais en opération. Reste à savoir quoi et qui dans notre culture sera engloutie ?
Marc Audette est titulaire d'une maîtrise en arts visuels de l'Université York (Toronto) où il enseigne présentement. Depuis le milieu des années quatre-vingt, il a présenté son travail dans le cadre d'expositions collectives et individuelles, notamment en France, à Toronto, Montréal, Hull et Ottawa. On retrouve aussi ses œuvres dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec et de la ville d'Ottawa. Cet automne, Marc Audette lance un catalogue intitulé Écran/Screen regroupant les œuvres présentées lors des expositions « Beau temps, mauvais temps/ Rain or Shine » et « Écran » . Plus >>

15 janvier - 26 février 2005
Marc Audette: Surfaces sensibles
"Surfaces sensibles" rassemble trois corpus de travail unis par un même thème qui les a fait naître : l'eau. Pourtant les photographies couleur, grand format, présentées dans la première pièce de la galerie, ne représentent ni lac, ni rivière. Hormis la couleur bleue qui domine le tout, aucun indice sur le thème de l'eau n'y figure. Les projecteurs vidéos qui agissent comme dispositifs d'éclairages créent d'étonnants dédoublements d'images. La réverbération produit par ce stratagème plonge notre regard dans un bain de formes aqueuses qui lèchent les murs de la pièce. Dans la salle du fond, le même dispositif éclaire une très grande photographie de couleur rouge. Le déplacement du spectateur dans l'espace, brouille en vagues les réverbérations du mur opposé. La dernière pièce est composée d'œuvres de plus petits formats qui font échos aux deux grandes oeuvres.
L'artiste précise :
Je m'intéresse au mode de fabrication de l'image numérique depuis le milieu des années 80. Depuis quelques années mes projets portent sur les prétendus avancements que semble chaque fois nous procurer l'arrivée de nouvelles versions de logiciels de manipulation de ces images. Car dans un monde où innovation technologique est synonyme d'investissement corporatif, je me pose notamment la question suivante : quels sont les critères d'appréciation qui déterminent cette supériorité.
L'image
L'image, incluant l'image numérique, est intimement liée aux grands traits de l'activité humaine tout comme la religion, la nationalité, l'appartenance et l'art. Ma prémisse de départ est la suivante : l'image tout comme le langage ne sont pas des véhicules neutres, or, établir les normes esthétiques de l'image numérique, c'est imposer la forme du langage visuel à employer pour représenter des concepts, des idées, des réalités. Que ceux-ci se traduisent sur écran cathodique, papier imprimé, photographie ou encore puisque cela est possible sur canevas. C'est ce lien subtil mais o combien important , entre outil et oeuvre qui anime ma démarche.
"Surfaces sensibles" aborde tout particulièrement la notion d'idéal de beauté de l'image numérique. Car, pour les grandes corporations comme les Microsoft, Soft Image, Adobes et toutes les autres, cette notion se mesure non seulement en termes de précision d'image " méga-pixel ", mais surtout, par la multiplication de filtres spéciaux ; véritable allégorie de ces nouveaux dogmes de l'image. Parmi ces filtres il y en a un qui porte le nom de "Gaussian Blur": il rend flou les images soumises à son traitement. Mais avant d'être un filtre de logiciel, Gaussien est un modèle mathématique qui produit des nombres aléatoires - nous sommes ici en pleine théorie du chaos -. À la manière d'un filtre gaussien, et avec une touche d'ironie, "surfaces sensibles" brouille les pistes de ces prétendus avancements que nous procurent ces nouvelles versions de logiciels. Audette présente ici un allégorie sur la fabrication de filtres, tel que : le flou gaussien. N'oublions pas ici qu'avec ce filtre nous sommes en plein paradoxe du monde de l'image numérique: celui de modèle de fabrication de l'aléatoire, appliqué aux normes esthétiques de plus en plus précises que tentent d'imposer les grandes corporations. Un flou précis opère...
La galerie participe à la Nuit Blanche à Montréal. Dans le cadre de l'exposition "Surfaces sensibles" de Marc Audette, le dj Éloi Desjardins offrira un environnement sonore à compter de 22h la nuit du samedi 26 au dimanche 27 février. La galerie sera ouverte spécialement de 18h à 5h du matin.

12 jan au 16 fév 2002
Marc Audette: Écran
Dans cette exposition, Marc Audette joue avec les surfaces médiatrices d'images."Écran" sente de grandes photos qui recouvrent les murs de la galerie. Les traces évidentes de pixels sur celles-ci nous informent qu'un projecteur vidéo a été utilisé dans leur fabrication en chambre noire. Aussi, dans un jeu de mise en abyme du dispositif, certaines de ces photos sont transformées en écrans de projection. Le tout suggère des constellations plus ou moins définies de figures et de phénomènes célestes. Marc Audette note :
"Aujourd'hui, aucune photo ne peut être garante de ce que Roland Barthe appelait " la noèse", car la photo n'est plus témoin infaillible de ce qui se place devant la caméra au moment du déclic. Grâce à de puissants logiciels de fragmentation de l'image en unités nommées pixels, tous les artifices, toutes les fantaisies sont possibles. Et avec un peu de techne, le résultat est remarquable.
La capacité de transformer une image photographique et de dissimuler ces transformations de façon à rendre les changements vraisemblables sème le doute et la confusion. Aussi, il n'y a pas que la photo qui subit des changements, mais tout l'imaginaire qu'elle interpelle en est bouleversé. Je m'intéresse à l'impact de ces technologies non pas sur le monde des images mais plutôt sur celui de notre imaginaire. Constellation intérieure où gît souvenirs, émotions, sentiments, affect."
Des cibachromes de grand format de la série "L'intuition d'Ovide" (1994-95) sont présentés dans la deuxième salle. Marc Audette est détenteur d'une maîtrise en arts visuels de l'Université York (Toronto) où il enseigne présentement. Depuis 1986, il a présenté ses travaux dans le cadre d'expositions collectives et individuelles, notamment à Toronto, Montréal, Hull et Banff ainsi qu'en France.